Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum

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updated 10:09 AM CEST, Oct 21, 2020

L'histoire de la Curie

Curie générale des Capucins à Rome
Histoire d’un édifice…

fr. Carlo Calloni

En la fête de sainte Élisabeth de Hongrie 1897, le Ministre général, Père Bernard d’Andermatt [Édouard Christen] († 1909), envoya à tous les Ministres provinciaux de l’Ordre une lettre dans laquelle il leur demandait de subvenir aux besoins des Clarisses Capucines de Rome expulsées du monastère Corporis Christi de Monte Cavallo sur le Quirinale. C’était leur demeure depuis le 20 avril 1576, quand les quatre Capucines provenant du monastère de Sainte-Marie-de-Jérusalem — monastère dit Trentatre — de la ville de Naples y aménagèrent.

Les clarisses capucines avaient définitivement quitté le monastère e Monte Cavallo en 1887 à cause des lois de suppression des ordres religieux émises par le gouvernement du tout nouveau Royaume d’Italie et mises en place par la ville de Rome après la prise de la Porte Pia le 20 septembre 1870.

Le monastère qui fut édifié par la Confrérie du Saint-Crucifix de San Marcello al Corso en 1574, et l’église, consacrée par le Cardinale Francesco Barberini le 30 novembre 1669, avaient jusqu’à lors résisté à de nombreux assauts. Entre autres, il avait survécu à : l’occupation de Rome par l’armée de la République française en 1798, à la loi de suppression de Napoléon Bonaparte après la conquête de Rome en 1810 et à l’éphémère République romaine en 1848.   

Le Royaume d’Italie concéda ad tempus aux clarisses capucines un petit refuge dans un bâtiment de la rue Galilei. Elles espéraient réintégrer le monastère une fois la bourrasque passée. Cet espoir fut bientôt réduit à rien. En effet, l’année après leur expulsion, 1888, le monastère de Monte Cavallo du Quirinale, fut complètement rasé. Ce monastère, œuvre de Giacomo Della Porte et regroupant des peintures et fresques de maîtres illustres tels Cristoforo Roncalli, Jacobino Del Conte et Marcello Venusti da Mantova était apprécié et visité fréquemment par de nombreux Pontifes.  

Les Clarisses Capucines se retrouvèrent sans toit et dans une situation plus que précaire, car le logement qui leur avait été concédé comportait une échéance. Construire un nouveau monastère fut une autre des préoccupations qui prit du temps dans le long ministère pastoral et de direction de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins de Père Bernard d’Andermatt. Celui-ci fut Ministre général de 1884 à 1908.

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La recherche d’un lieu où édifier le nouveau monastère, après avoir vérifié qu’il était impossible de « réacquérir » le terrain situé dans le voisinage du Palais du Quirinale où s’élevait le monastère Corporis Christi, dirigea son regard vers les terrains en « lotissement » à proximité de la Porta Pia. Un nouveau quartier de Rome s’y développait avec de grands et austères édifices pouvant abriter la nouvelle administration de la naissante capitale d’Italie.

Les travaux du nouveau monastère, église et couvent, furent sous la supervision de frère Luigi da Senigallia, tertiaire capucin de la Province Picena. Il a entre autres réalisé l’autel en stuc (faux marbres) et le bas-relief du Christ crucifié parmi les saints. Selon les chroniques de l’époque, l’édifice apparaissait à l’extérieur solide et élégant alors que son intérieur resplendissait de cette austérité et de cette pauvreté caractéristiques de la communauté qui devait l’habiter. Rien, disent encore les chroniques, qui fut contraire à la Règle des Clarisses Capucines ou qui laissait penser à « quelques accommodements ». Par l’élévation de quelques murs était garantie la clôture tant des yeux indiscrets de l’extérieur que du danger de « regarder dehors » pour celles de l’intérieur.

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Finalement le 26 juin 1907, exactement 10 ans après l’appel de Ministre général pour une nouvelle demeure, les moniales capucines prenaient possession du monastère de via Sardegna-Piemonte, conservant l’antique dénomination Corporis Christi.

Au cours d’une célébration solennelle, le Ministre général, Père Bernard d’Andermatt, accueillit les moniales à la porte de l’église et, après un temps d’adoration du Saint Sacrement, les introduisit dans la clôture monacale.

Les Clarisses Capucines demeurèrent en cette nouvelle maison jusqu’au 1er décembre 1950. Le Ministre général du temps, Père Clément de Milwaukee [William Neubauer] († 1969), en prévision de la « désurbanisation » du Collège International Saint-Laurent-de Brindes et de la nécessité qui s’ensuivait de trouver dans la ville de Rome un lieu pour la Curie générale[1], décida de les déménager dans un nouveau monastère. Celui-ci sera localisé dans le quartier de Garbatella, plus précisément à « Villa Pozzi » sise sur une petite colline à la hauteur de la Place des Sept-Églises.

Dès le lendemain, le 2 décembre, l’ancien monastère de via Sardegna-Piemonte fut soumis à des travaux de restructuration afin d’accueillir la Curie générale de l’Ordre. Les travaux furent successivement confiés aux architectes Paolo et Leonardi puis à la Société d’habitation des frères Luigi et Pietro Galli.

Ces travaux se déroulèrent assez rondement. En plus des transformations intérieures afin de répondre aux besoins de la Curie générale, observant les prescriptions des Constitutions et, disent les chroniques du temps, respectant le caractère de la vie capucine « quae omnen ornatum devitat » (qui évite tous les embellissements)[2], le corridor longeant la via Piemonte fut grandement transformée par l’ajout d’un second étage. Cela donna une uniformité à l’immeuble. C’est aussi sur cette façade que fut placée l’entrée de la nouvelle Curie générale.

Une fois les travaux terminés, de bon matin le 9 avril 1953, le Ministre général, Père Benigno da Sant’Ilario Milanese [Giovanni Battista Re Cecconi] († 1974), les membres de la Curie générale et plusieurs frères présents à Rome, accueillirent à la porte de l’église le Cardinal Clemente Micara, Protecteur de l’Ordre. Celui-ci, après avoir consacré l’autel de l’église, se rendit au réfectoire afin de bénir le crucifix qui y serait installé. C’était le geste le plus commun de la tradition capucine qu’en prenant possession d’un nouveau lieu une croix est érigée comme signe d’appartenance et d’adhésion au Christ. La célébration solennelle de l’Eucharistie eut lieu après cela, accompagnée de la chorale des étudiants du Collège Saint-Laurent.

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La vie de la fraternité de la Curie générale prit donc ainsi son essor. L’édifice subit quelques transformations petit à petit alors qu’il fallait y faire quelques travaux tant pour agrandir ou bien simplement entretenir le tout. Le Concile Vatican II et les nouvelles normes liturgiques demandèrent de modifier la chapelle, surtout en ce qui regarde la disposition de l’autel.

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Le Chapitre général de 2006, considérant la nécessité de faire des travaux d’amélioration à quelques éléments de l’immeuble de la Curie générale, suggéra au nouveau Ministre général, frère Mauro Jöhri, un réaménagement complet ce celui-ci.

Le Définitoire général fit les premiers gestes concrets pour cela au début de 2009. À la même époque, les premiers pas pour la restructuration de l’église du Collège International Saint-Laurent-de-Brindes ainsi que de la propriété de l’Ordre à Jérusalem étaient faits.

Se dessina alors l’hypothèse de déménager la Curie générale dans l’actuel monastère des Clarisses capucines de Garbatella, ce qui entrainerait leur relocalisation. Cette hypothèse avait un air de déjà vu puisque c’est ce qui était arrivé en 1950 quand elles quittèrent le monastère de via Sardegna-Piemonte afin de laisser place à la Curie générale.

Cette hypothèse, présentée en un premier projet le 24 juin 2009, ne put être mise en branle. L’espace du monastère ne pouvait accueillir toute la structure que représentait la Curie générale. De plus, des contraintes architecturales et monumentales ne permettaient pas un agrandissement du monastère.

En mars 2010, l’hypothèse Garbatella mise de côté et le Définitoire général décida de remodeler l’immeuble du 70 via Piemonte, lançant par le fait même un appel d’offres pour le projet complet.   Parmi les projets présentés, le Définitoire général choisi, le 25 juin 2010, celui de l’architecte Cesare Nota Rodari qui, dans les mois qui suivirent et après avoir pris notes des suggestions et indications du gouvernement général, présenta les plans des quatre étages et de la partie-terrasse avec les offres relatives à ces travaux de réaménagement.  

Dans la même période, il fallait trouver une solution pour un déménagement temporaire des bureaux de la Curie générale. En effet, il fallait complètement vider l’immeuble du 70, via Piemonte. Diverses hypothèses furent émises afin que la Curie générale demeure en ville, mais rien de convenait à cause de l’espace restreint qu’offraient ces propositions. Le seul endroit capable d’accueillir toute la Curie générale était le Collège Saint-Laurent.

Après la présentation du projet, modifié selon les indications reçues, d’autres rencontres eurent lieu entre l’architecte Cesare Rota Nodari, accompagné par des professionnels de confiance, et le Définitoire générale. À celui-ci, peu après, fut adjointe une Commission ad hoc qui devait suivre de plus près la réalisation du projet dans son ensemble.

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Le 24 juin 2011, exactement un an après la présentation des premières esquisses, le Définitoire général approuva le projet final et établit qu’en septembre 2011 l’Ordre serait informé du début des travaux, des délais et des ressources financières qu’ils requéraient. En même temps, le déménagement de la Curie générale vers le Collège International Saint-Laurent-de-Brindes débuta[3].

Au début décembre 2011, le 1er, le Définitoire général décida de confier à la firme d’ingénieur de monsieur Mannelli le réaménagement de l’immeuble du 70, via Piemonte, selon les plans de l’architecte Cesare Rota Nodari et revisés par la Commission chargée des travaux. Dans les mois qui suivirent eurent lieu les discussions de présentation du projet avec les autorités communales et nationales compétentes afin d’obtenir l’approbation dudit projet.

S’ensuivirent 32 mois d’intense activité pour plusieurs équipes d’ouvriers qui, chacune selon sa compétence, ont travaillé d’arrache-pied afin de remettre l’édifice à la Curie générale de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins dans les délais prescrits : le 30 juin 2014.

Dernière modification le mercredi, 20 novembre 2019 12:04